samedi 19 mai 2012
dimanche 13 novembre 2011
Imprimer grosse affaire compliquée

Comment j'ai frôlé l'ulcère à l'estomac en voulant simplement imprimer des documents dans un secrétariat public. « Bonjour, vous êtes occupée, là, maintenant ? » J'ai un doute : je sens que la go qui passe en revue ses ongles peints à la Kandinsky va me dire « Mon vernis sèche, même, faut passer plus tard ». Mais elle répond : « Je suis disponible, c'est quelle affaire? » C'est juste affaire d'imprimer des documents (une broutille, en théorie...)
L'écran de l'ordinateur est toujours sous plastique, pour ne pas le gâter par la poussière. L'impression sur la petite imprimante à jet d'encre modèle 1998 prend plus d'une minute par page et j'ai 300 pages. « Euh, ma copine, si tu imprimais noir blanc, là, et brouillon, ça va moins durer, non ? » (Manipulation impression brouillon : 45 secondes pour trois clics) C'est un tableau Excel, et j'aimerais que toutes les infos apparaissent sur une seule feuille. « Euh, ma copine, mets feuille en format paysage, là, ça va sortir mieux. » (Manipulation : 1 minute 30.) Aïe... il va falloir réduire à l'impression. « Tu pourrais imprimer à 85% ? » Là, l'employée me fait des yeux gros comme si elle avait vu la sainte vierge en string léopard débouler dans son bureau. Le temps que la go du secrétariat public trouve comment faire, le soleil a eu le temps de tourner pour entrer par la fenêtre et chauffer le dossier de ma chaise en métal. Ca brûle dêh !
Arrive alors la phrase qui tue, et qui me fera sortir du bureau à la nuit tombée. Total : 1h30 pour imprimer 30 feuilles : « Eh, moi j'ai appris Excel 2003, dêh ! Pas Excel 2007 ! » Juste pour rappel, nous achevons l'année 2011. Ma copine est restée bloquée en 2003, moi en 2007. En revanche, sa soeur est une pro du 2007, et elle la bipe : « Faut venir, y'a une Blanche avec grosse affaire compliquée, dêh !... Ahan... Ahan... Dans 5 minutes ? » Moi : « Noooon ! Faut lui dire de venir tout de suite ! » Parce que je sais comment ça marche ici : « Tout de suite » = dans 15 minutes, alors « 5 minutes » = une demi heure. Donc : « Immédiatement ! C'est urgent ! C'est une question de vie ou de mort ! », c'est les mots clés pour activer les copines à la tâche.
La soeur arrive, et mon ulcère se creuse: « Eh! Si on enlève des cases du tableau, là, « supprimer cellules », ça va pas faire plus petit petit ? » NOOON ! Ne touchez pas au contenu du document ! « Alors faut faire tableaux qui rentrent dans feuille, dêh ! » C'est un peu vrai. Mais vous voulez pas que je les recopie à la main tant qu'on y est ? « Si on fait modifier tableau, là-même, c'est bien. » NOOOON ! Ne touchez à rien DANS le document ! Comment vous dire ? Il faut juste changer le format d'impression... « On va appeler mon cousin. Allô? Mouais, ça va et chez toi ? Bon, y'a une Blanche ici, avec grosse affaire compliquée Excel 2007 (blabla)... Oui, tout de suite. » Quoi ? SUR LE CHAMP tu veux dire ! On va pas y passer la nuit, non ? On a imprimé 30 feuilles en une heure et demie et j'en ai 300. Vous voulez gagner clients ou voulez les tuer ? « On va vous apporter de l'eau. »
La nuit est tombée. Quand le cousin est arrivé, il a dû allumer les néons, et tous les moustiques du coin m'ont fondu dessus. Stylé dans son t-shirt moulant et ses lunettes de soleil alors qu'il fait nuit, il convertit mon tableau Excel 2007 en Excell 2003. Sur ce, je dis à la go : « Bon, ma copine, maintenant que tu maîtrises, même, je te laisse les fichiers à imprimer, je viens les chercher demain matin. » Je rentre soigner mon ulcère.
lundi 25 juillet 2011
vendredi 25 mars 2011
N'oubliez pas de ne pas mettre votre ceinture

Ma tantie de Ouaga, Tantie J., elle a une voiture « Au revoir la Belgique » qui a au moins vingt ans, mais en âge africain, elle n’en a que huit, puisque ici, une voiture est considérée comme neuve lorsqu’elle arrive au port de Lomé (Togo.)
Je monte dans la Toyota Corolla modèle 1990, où tantie J. a tenté de faire installer la clim’. C’est un peu fou quand on voit la voiture, mais je me rappelle que j’ai failli y cuire l’an dernier à la même époque, sur la route du Mali, et donc je ne me moque pas. Bref, une fois mes fesses posées sur le siège passager, j’entame le mouvement pour attraper la ceinture de sécurité, et tantie me dit : « Eh, on connaît pas ça ici ! » La dernière fois que j’ai entendu cette phrase, c’est quand mon ami peulh, B., a accepté la barre de céréales que je lui tendais, pour essayer, parce que : « Eh, on connaît pas ça ici ! » Il voulait me signifier qu’ouvrir l’emballage en aluminium, c’était pour lui toute une aventure. Une heure plus tard, je retrouvais le papier alu au milieu de la piste en brousse que nous avions empruntée, puisque ici, tout se jette par la fenêtre de la voiture. Note pour plus tard : récupérer tous les papiers alu de toutes les barres de céréales que je propose.
Dans le cas de la ceinture de sécurité, le « Eh, on connaît pas ça ici !», c’est tout de même pas petite affaire d’alu, dêh ! Surtout que le pare-brise est constellé d’éclats et que j’ai pas envie de me retrouver la tête au travers quand ma tantie J. va percuter un âne ou un vendeur de poulets à moto. Je lui explique que je vais tout de même mettre la ceinture, que « déjà, dans les taxis, elles sont toutes coincées et que je risque ma vie six fois par jour, alors là, tu comprends tantie, puisqu’y a ceinture même, je vais appliquer principe de précaution à l’occidentale. » Peine perdue, elle me répond : « Eh, mais tu vas te salir, laisse ça ô ! » Depuis le port de Lomé, la ceinture qui n’a jamais bougé d’un millimètre a accumulé huit ans de cette poussière rouge qui vole dans Ouaga. Au moins si on a un accident, je mourrai propre.
mercredi 16 mars 2011
Mais tu n'as pas compris non?

Au Burkina, je m'appelle Sarline. CH devient S, même à l'écrit : les tickets de bus à mon nom, c'est Sarline, sur le papier collant qui désigne mon pagne à coudre, c'est Sarline. Jusque-là, pas de quoi fouetter un sat. Ca devient plus compliqué quand quelqu'un vous dit : « Maquis, là, est plein de mousse ! » Plein de bière ? Ou c'est soirée mousse oubien y'a carrément mousse au chocolat ? Le maquis est tenu par des musulmans, y'a pas bière et encore moins disco pour soirée mousse. « Tu n'as pas vu mousse non ? Ca vole de partout pas moyen de manger tranquille ! » Le maquis était donc déconseillé parce que plein de mouches...
Autre particularisme du français du Burkina : le J devient Z, et là, c'est drôle. L'autre jour, je demande à ma copine F. ce qu'elle a fait avec le pagne qu'on a acheté ensemble. Elle me répond : « Zé couzu zupe. » Cool, ze t'offre un zu ?
dimanche 13 mars 2011
"Sortir", le mot Cube Maggi

« Sortir » au Burkina est bien plus riche de sens que chez nous. « Sortir », c'est un peu un mot « cube Maggi », il est utilisé à toutes les sauces. Et ça, il faut un peu de pratique pour le comprendre. Par exemple, au maquis, la première fois que vous commandez des brochettes, le garçon commence souvent par vous dire : « Je vais voir », pour s'assurer qu'il y en a ou qu'il en reste. S'il ne fait pas ça, vous perdez un temps fou parce qu'il prend d'abord la commande, vous pensez qu'il y a brochettes, et puis « brochette est fini », et vu la chaleur, vous avez déjà avalé une bière alors qu'il faut seulement recommander un plat qui n'est « pas fini. »
En revanche, il arrive que le garçon vous dise : « Brochette n'est pas sorti. » Ah... donc brochette est là ? « Non, brochette n'est pas sorti dêh ! » Je ne comprends pas : y'a un type ici qui s'appelle « Brochette » et qui n'est pas « sorti », et en quoi ça concerne mes brochettes à moi ? Bref, ça signifie que vos brochettes là, vous pouvez vous asseoir dessus, le patron du maquis n'a pas acheté de filet au marché.
Ensuite, il y a la version palabres autour des chiffons. Pour le 8 mars, ma copine S. préférait le pagne « journée de la femme » couleur chocolat plutôt que couleur verte. « Vert, là, n'est pas joli. Chocolat est joli, mais chocolat ça sort dêh ! » Ah... c'est vendu en grandes quantités et tout le monde va le porter ? « Non, ça sooooort, walaï ! Ca sort trop fort dêh ! » Oula ça a l'air grave ton affaire. C'est trop trop chic et ça coûte cher oubien? Bref, « ça sort » signifie que la couleur chocolat dégorge. Que t'as intérêt à ne pas laver le pagne avec d'autres vêtements. Que tu dois le passer d'abord à l'eau avec du vinaigre, mais ne surtout pas faire comme moi, et laver « pagne qui sort » dans la baignoire, sauf si vous avez « Monsieur Propre spécial émail » pour voisin de palier, ou que votre baignoire est couleur chocolat, auquel cas ça fera ton sur ton.
Sinon, il reste le classique « Il est sorti. » Mais il y a bien sûr une subtilité dans la version tropicalisée de cette phrase en apparence inoffensive. Vous devez absolument rencontrer T., le dernier intervenant de votre reportage qu'il devient ultra urgent d'envoyer. Vous vous assurez que ce matin, T. est bien à son bureau à 8 heures, prêt à répondre à vos questions. Vous débarquez au dit bureau, et la secrétaire vous dit : « Il est sorti, il va arriver. » Et si en plus elle ajoute : « Asseyez-vous » et qu'elle vous sert un verre d'eau, c'est qu'« Il est sorti » à l'africaine. Et donc, « Un certain temps. » Et là, il faut se maîtriser pour ne pas sortir de ses gonds.
jeudi 10 mars 2011
C'est où ton problème ?

Grosse palabre avec ma copine S. depuis une semaine : ces vieux blancs qui se tapent de jeunes filles Noires. Là où je loge, il y a un vieux Blanc aux cheveux blancs (et dans 3 cas sur 4, ils ont du bide) qui est « accompagné » par une go super stylée, tellement stylée qu'elle combine coiffure asymétrique et coloration. T., ma copine coiffeuse dans le quartier qui fait des tresses toute la journée n'en revient toujours pas : « Tu as vu ça non ? C'est le salon du design sur sa tête oubien ? »
Souvent, les go stylées qui sortent avec un Blanc se la pètent et regardent leurs soeurs de haut. C'est le cas de H. et sa coiffure de magazine « Maison et jardin ». Alors, avec ma copine S., ça colle pas des masses. Quand H. part le matin, elle ne ferme pas le portail derrière elle.
S : - « Eh ! On ne t'a pas appris a fermer la porte non ? »
H. - « C'est où ton problème ma soeur ? Moi je suis cliente ici, tu es payée pour fermer la porte ! »
S. : « Case du village n'a pas de porte, viens ici, je vais te montrer comment ça marche. »
H.: - « Ouh mais tu veux me fatiguer plus que la chaleur dès le matin oubien ? »
S :- « C'est dans quel film tu joues là ? Fespaco t'est monté à la tête ô ! » (Fespaco : le festival de cinéma qui vient de s'achever.)
Bref, si je n'interviens pas, palabres peuvent durer jusqu'à ce que l'ombre tourne autour de l'arbre.
Ma copine S. s'assied près de moi pendant le petit dej, et un autre débat commence : je critique mes tontons, ces vieux Blancs qui pensent s'acheter une virilité et une nouvelle jeunesse avec leurs liasses de billets CFA. Ma copine S. est sans pitié envers ses soeurs qui aguichent les vieux Blancs pour leur soutirer de l'argent. Là-dessus, un jeune, la trentaine, assis devant nous, nous interrompt : « Euh... les filles, je dois vous dire que moi je fais pareil, sauf que je suis plus jeune. »
S. et moi : - « ... »
En effet, P. n'est pas que cinéphile, il est aussi pervers ! Il profite du Fespaco pour s'envoyer une fille (ou deux) différente par soir. Et quand son téléphone sonne, il dit : « Oh non, v'la l'autre saucisse ! » (Je crois avoir deviné que « saucisse » désigne dans son vocabulaire très imagé une fille qui hésite à coucher.) Et il a fallu que ce crétin croise ma route. Donc, avec S., on cancane tous les soirs dans la cuisine (un endroit où il ne lui viendrait même pas à l'idée de mettre les pieds.)
Comme je suis obligée de me farcir ses histoires à la con pour ne pas pourrir l'ambiance dans la chambre d'hôtes, j'apprends qu'il a une officielle au Bénin, mais que sa « deuxième maîtresse » arrive demain du Togo. La « première », il a dû la rêver tellement ce type est informe dans son t-shirt trop large. Le hic, c'est que la famille de l'officielle habite Ouaga. Résultat : elle est venue le visiter en s'incrustant 4 heures, durant lesquelles la go du Togo, à peine débarquée du bus non « climé », a dû patienter enfermée dans la chambre.
Moi, qui pour venger mes soeurs, avais préparé une petite phrase assassine pour le défragmenter devant sa « 2è maîtresse », c'était foutu, elle est au courant. Quoiqu'elle lui a fait croire que son bus coûtait 100.000 CFA en coulant son budget pétasses, et là je dis bravo. Il me raconte l'histoire de la visite de la belle-famille, et là je m'adresse à sa copine togolaise : « Tu as dû être ravie d'attendre enfermée quatre heures dans la seule chambre pas climée ! T'as fait un macramé avec ses chaussettes en attendant ? » Et là, c'est lui qui me répond : « Ben elle a l'habitude, elle est africaine ! » Ils sont trop graves ces Africons.
H. était une fille sympa en fin de compte, on a fini par causer, elle me posait plein de questions sur l'Europe, la mode, etc. Le vieux blanc est parti. Je pensais ne plus la revoir ma nouvelle copine un peu paumée, qui se prostitue pour payer ses études. Et puis hier, je me suis installée au bar d'un hôtel chic pour un petit moment de grand luxe : un expresso et du wi-fi sans coupure. Au bord de la piscine, j'aperçois H., visiblement habituée à la piscine de l'hôtel Indépendance où les riches occidentaux font leur marché. Elle sait nager, ça prouve qu'elle a déjà du métier...
mardi 8 mars 2011
Poulet sauce Fanta

Saluer quelqu'un ici prend du temps : « Et comment va votre mari ? Et vos enfants ? Aaah, bien. Et la soeur ? Bien des choses à la famille ! » Comme dans cette réplique d'une Blanche à Paris, dans le très bon film « Notre étrangère » projeté au Fespaco : « Ca prend du temps d'accord, mais il faut déjà avoir un mari, des enfants et une soeur! » Une réplique qui n'a fait rire que les Blancs dans la salle.
Bref, si saluer quelqu'un prend du temps, imaginez la longueur d'une cérémonie de clôture du festival de cinéma. Ca duuure. J'ai posé mes fesses sur un demi-siège du stade du 4 août à 16h, je les ai levées à 22h, après un feu d'artifice qui a créé diversion pour la sortie de Blaise (le président) et sa femme Chantal, habillée comme un sapin de Noël.
En tout, six heures sous 40° avec un demi-litre d'eau, mon record. C'est là que je vois arriver comme le Messie un vendeur de boissons. Mais dans sa bassine, toutes ses sucreries étaient chaudes. « Eh, avec ton Fanta, là, on peut rien faire à part sauce de poulet. Si j'ouvre bouchon de ton bidon, là, fumée va sortir. Ca se boit dans une tasse oubien ?» Dans la tribune, tout le monde palpe les bidons dans l'espoir d'en trouver un frais, mais tout le monde dit : « Faut mettre des glaçons sur tes sucreries ! Tu penses que tu vas vendre bidons chauds ? » Le type est resté avec ses 20 kilos de sucreries dans la bassine. En Europe ce serait une super combine pour rester ni vu ni connu dans la tribune présidentielle et voir le spectacle de plus près.
vendredi 4 mars 2011
Badge est pas sorti et festival est fini

Festival de cinéma J+7 et je n'ai toujours pas mon badge presse. Le Fespaco s'achève demain, je ne sais pas si ça vaut encore la peine que j'aille le chercher, sauf que le service des badges a gardé ma carte de presse, et là, c'est affaire sérieuse. J'ai fait la demande par mail une semaine avant mon arrivée. J'arrive au « Palais des festivals », au guichet presse, et là on me dit : « Badge n'est pas encore sorti. » Je vais au bureau des badges, une heure d'attente, et la responsable me dit : « Date limite, là, c'était décembre. » Là, je sens que ça va pas être simple. L'an dernier, j'étais arrivée pour les deux derniers jours, sans demande préalable, et elle m'avait filé quatre badges dans la minute pour moi et mes amis. Entre temps, la responsable a dû faire un stage au festival de Cannes et badge, là, c'est devenu grosse affaire.
lundi 20 décembre 2010
CD avec sticker, là, ça vaut plus cher

« On s’attrape ! » C’est le rendez-vous africain : on ne se fixe ni jour ni heure – montre et calendrier, là, c’est affaire de Blancs – mais on se croise (au marché, dans un taxi) ou on provoque le croisement en s’appelant au téléphone, si « ça passe », parce que réseaux au Burkina, souvent, « ça passe pas ô. »
Bref, pendant un mois, mon ami J.-V. et moi, on a essayé de s’attraper sans y arriver. Je me tue à lui dire que si on avait pris un rendez-vous de Blanc, là, avec montre et calendrier, on y serait arrivés, mais autant essayer de convaincre Barack Obama de l’utilité d’un sèche-cheveux.
dimanche 5 décembre 2010
Glace va sortir (mais alors avec paille)

Avec une moto, un porte-monnaie et une connaissance approfondie de la ville, le Blanc peut retrouver ponctuellement quelques éléments de confort (considérés à Ouaga comme des éléments de luxe… bien que je me contenterai de vous parler de crème glacée, et pas des robinets en or dans le palais de Blaise Compaoré.)
Mon ami A. nous prête sa moto pour quelques courses dans le centre, et me demande un service : « Tu peux ramener glace ? Un litre, un litre : vanille, pistache, chocolat et citron. » (« Un litre, un litre », ça veut dire « un litre de chaque », comme « deux cents, deux cents » quand vous êtes deux à monter dans un taxi ou « mille, mille » si vous achetez deux mille unités téléphoniques.)
Bref, pour ramener glace, là, il faut impérativement être maître au volant. Surtout ne pas prendre le taxi, qui va s’arrêter vingt fois pour embarquer débarquer des clients, déposer des colis, tomber en panne, perdre une roue, renverser un cycliste, tuer un piéton, etc.
Dans la boulangerie la plus fameuse de Ouaga, la patronne libanaise est comme chaque jour coincée dans sa chaise haute, à compter les billets. A chaque fois que je reviens au Burkina, j’ai l’impression qu’elle a grossi et qu’elle ne peut plus se désencastrer de sa chaise.
Ils sont deux employés africains (les Libanais ne s’occupent que des billets ;-) à me servir, mais ça va durer aussi longtemps que s’ils étaient un demi-employé en pleine crise de palu. Ils se parlent : «Glace-là est dure dêh ! » « Ah ouais, c’est pas facile… » « Faut mettre plus là, sinon ça fait pas un litre, un litre : faut tasser. » « Eh ! Tu n’es pas concerné non ? Occupe-toi de la vanille moi je mets chocolat, là » « Y’a pas spatule, je fais comment pour vanille ô ? Termine chocolat et puis je tasse vanille, là »…
Pendant ce temps, citron tassé dans tupperware est déjà en train de ramollir, et pistache « ça va sortir », ce qui équivaut à un « tout de suite africain », ce qui signifie que je ne suis pas dans la m*** avec le citron qui a eu le malheur de sortir en premier.
Après, faut payer. C’est-à-dire qu’il faut d’abord attendre que la patronne lève le nez de sa liasse de billets qu’elle n’en finit plus de compter, parce que francs CFA, là, c’est petite monnaie : 1 euro, c’est 655 francs. Autant dire qu’avec l’équivalent de 10 euros en billets CFA tu as de quoi fabriquer des talonnettes pour Nicolas Sarkozy, un presse-livres ou monter sur la liasse de billets pour attraper le pot de confiture au-dessus de l’armoire.
Glace est payée, mais les deux employés cherchent sac plastique parce que « faut mettre », « mais sac est petit ô, faut amener grand sac »… Et là, l’imprévu à l’africaine, mon ami A. : « Allô Charline ? Oignons est fini ici, tu peux ramener ça aussi ? » « Ca » et mon amie E. qui a voulu s’arrêter chez le glacier concurrent pour acheter demi-litre de glace coco, c’était la cata. Je suis montée sur la moto avec dans les mains 4,5 litres de glace déjà ramollie par le rythme africain, et menacée par les 45° qu’il fait en plein soleil sur le goudron. Citron et pistache qui étaient « dures dêh ! » ont survécu. Mais je suis arrivée chez mon ami A. avec une cuisse à la vanille, et l’autre au chocolat.
vendredi 3 décembre 2010
Poulet sans os, c'est quelle magie ça ?
"C’est quel poulet là même ? Y’a pas ailes, y’a pas os, poulet d’Europe est comme ça ou bien?" Comme mes amis Burkinabè B. et D., j’ai eu du mal à y croire, mais si : dans une caisse de matériel humanitaire ramenée d’Espagne, les volontaires de notre ONG ont réussi à caser un rôti de poulet, pour les soirs de saturation du riz gras, riz sauce ou riz seul.
Pourtant, s’il y a bien un truc facile à trouver en brousse c’est bien poulet ô ! Grillé, sauté ou flambé, y’a même le choix de la préparation pour varier. Et les volontaires espagnols, ils ont amené quoi d’Europe ? Pas jambon ibérique, non, ils ont ramené volaille !
Le clou, c’est que rôti de poulet, là, il était fourré avec œufs durs ! Quand on coupe une tranche, au milieu, y’a un rond blanc avec un rond jaune à l’intérieur. Les Burkinabè à table, ils ont halluciné : « eh, c’est quelle magie, là même ? » Euh… je vous sers une tranche ? « Tranche de poulet ? C’est chic dêh ! »
mercredi 1 décembre 2010
Coupure, là, elle a duuuuré !

« Ca fait deux jours ! » Même si vous n’avez plus croisé quelqu’un depuis un mois, il se plaindra de votre absence en disant : « Ca fait au moins deux jours. » Au début, je pensais avoir un sosie à Ouaga, parce que j’étais sûre de ne plus avoir croisé S., F. ou G. depuis bien plus de 48 heures, et puis j’ai compris.
Bref, blog là, ça fait au moins deux jours, plus deux jours, fois deux jours ! Malédiction : wi-fi a coupé, et ça a duré. Dans le quartier où je loge, la voie principale est en travaux, les fils du téléphone étaient à nu, et ils ont été volés. C’est qu’on peut faire plein de choses en Afrique avec fils de téléphone : tresser des paniers, attacher 346 kilos de colis sur le toit d’un taxi, faire pendre ses vêtements à sécher, etc. Mais quand y’a plus câbles, là, y’a plus internet non plus.
jeudi 11 novembre 2010
Brève de maquis : "chose que tu pousses là"

Ma copine burkinabè S. est restée avec la porte de l'armoire du petit dej' dans la main. La charnière a lâché (du travail de pro puisqu'ici le provisoire est un sport national.) "Porte là, ça fatigue, dêh ! C'est plus pratique chose que tu tires, tu poses dedans et puis tu pousses".
"Ouais, un tiroir quoi..."
mercredi 10 novembre 2010
"Il n'y a que les montagnes qui ne se rencontrent jamais"

C'est fou ce qu'ici on rate des occasions de se taire. Mercredi par exemple, je cherche un taxi dans le quartier de Gonghin, où il y a un festival de théâtre. Sur la voie où je me trouve, il passe un taxi toutes les demi-heures. Celui qui s'arrête, faut pas le rater ô, faut marchander : "Je paie pas mille francs, parce que sur la route, tu peux embarquer des clients, et on va encore se retrouver à 4 derrière collés-collés comme dans boîte de sardines." Je m'en sors à 400 francs et une jolie histoire.
lundi 8 novembre 2010
Brève de maquis : les élections du 21 novembre

- "Tantie, ton mari député là, avec les élections il doit beaucoup jober, il fait quoi ?"
- "Il travaille beaucoup ! Tu sais, ici beaucoup de gens ne sont pas alphabétisés. Alors, il passe son temps à leur expliquer comment ça fonctionne avec un duplicata de bulletin, il leur montre pour qui ils doivent voter" (sic).
- "..."
dimanche 7 novembre 2010
La famille margouillat

Il y a des jours où la biodiversité en Afrique nous semble injustement limitée dans le périmètre qui nous concerne. Par exemple, hier, le biotope de ma chambre n'avait rien de très charmant. Depuis une semaine, chaque jour, l'ouverture de ma porte fait déguerpir un margouillat sous mon lit (un lézard.)
J'ai la vague impression que, profitant de ma sortie de samedi soir, il a invité sa famille et ses amis. J'ouvre la porte de mon armoire : un margouillat. Je ferme la fenêtre : un margouillat. Du coup, je fais hyper gaffe de fermer systématiquement la valise où j'ai laissé quelques affaires, parce que je ne tiens pas à enlever un membre de la famille margouillat par inadvertance (dès fois qu'une maman margouillat s'imagine que son fils aura un meilleur avenir s'il est élevé en Europe...)
samedi 6 novembre 2010
Les sabots en noyau d'olive

Je me dois de faire une parenthèse un peu hors de la vie quotidienne à Ouaga pour vous parler d'un phénomène croisé à Ouaga: S. Elle pose pour la première fois le pied en Afrique, et à sa descente d'avion, elle débarque à notre table pour notre plus grand divertissement. Morceaux choisis :
"Je me suis hyper renseignée sur internet avant de venir. J'ai vu qu'il faisait 24 degrés à Ouaga, alors je me suis imaginé que le soir il fait plus frais et je n'ai que des manches longues dans ma valise ! Mais là il fait chaud, il fait combien ? " Euh... 35° en journée et le soir ça tombe à 28. Va falloir couper manches ou acheter de la sape sur le marché...Mais c'est quoi le site internet que t'as consulté ô ? Parce que 24° c'est température qu'il fait à Ouaga mais dans bureaux des ministères, quand la clim' est fatiguée.
mercredi 3 novembre 2010
Le Carambar africain

C'est un peu les blagues Carambar de l'Afrique : tu oublies presque de mâcher le bonbon en lisant la blague dans l'emballage. Moins d'une semaine au Burkina et j'ai déjà craqué sur un triangle de Vache qui rit. Restait à trouver du pain. Je vais dans ce petit maquis au coin de la rue qui sert Nescafé, là, et je demande du pain. La tantie me sert une baguette tellement molle qu'elle la plie en deux sans la casser et l'emballe dans du papier journal.
Je rentre, je me fais un sandwich pas pire que ceux de la SNCF, et machinalement, mon regard balaye la page de journal. Ca doit être la dernière page de l'« Observateur ». A côté de la liste des marchés de la semaine,y'a horoscope. Walaï de chez walaï ! Madame Irma de Ouaga, là, elle lit dans les astres comme moi je lis dans entrailles de poulet ô.
mercredi 21 avril 2010
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