mardi 9 mars 2010

Une journée en pagne


Quand vous êtes Blanc, et en particulier si vous êtes une fille, blonde de surcroît, toute la rue se retourne sur vous, vous salue ou vous interpelle. Mais j'ai trouvé encore moins discret : une Blanche habillée en pagne du 8 mars (journée de la femme). Walaï ! Je me suis fait appeler « eh, 8 mars, là ! » toute la journée, alors que toutes les femmes de Ouagadougou portaient le même « uniforme de fête » que le mien. Quelques-uns m'ont souhaité « bonne fête » en me croisant.
J'avais donc fait faire chez le tailleur une tunique à bretelles, à porter sur un pantalon, parce qu'il faut avouer que le port du pagne intégral sied mal à la peau claire. Ici, le tailleur vous sort un cahier d'écolier, et vous demande de dessiner le modèle, s'il ne figure pas sur son catalogue. Je ne sais toujours pas par quel miracle mon gribouillis au bic sur une page double ligne est devenu exactement le modèle que j'avais imaginé.

samedi 6 mars 2010

Combien pour "ambiancer " les reportages ?


Les gens de mon quartier me prennent pour une folle. L'autre jour, un gars qui m'observait du coin de l'oeil en peignant des chaises m'a dit : « Toi, tu es trrrès spéciale » (en roulant les R.) J'ai failli lui répondre : « Et toi ô, pour peindre chaises, là, ombre c'est pas mieux ? Soleil tape sur ta tête, dêh ! » Il est vrai que mon métier me pousse à faire des choses qui peuvent paraître bizarres aux gens du quartier de Ouidi, où je loge, et que je mets à contribution pour mes reportages.
L'autre jour, il me manquait une illustration sonore pour mon sujet radio sur le pagne du 8 mars. Ma chambre se situe au-dessus de « Drabo couture », qui confectionne des costumes. Je demande au tailleur : « Je peux enregistrer bruit de ta machine à coudre, là ? » Il m'a regardée comme si je venais de lui dire qu'il y a un éléphant dans ma douche. Il a dû penser : « Chaleur, c'est pas bon pour les Blancs, dêh ! »

jeudi 4 mars 2010

Panne de courant au "premier bureau"


« Courant est parti ? » J'apprends à parler le français du Burkina, et je dois dire que cette phrase-là, je maîtrise. Autant que « Courant est revenu ? » Chaque jour, pendant un long moment, « Dieu oublie de suivre les activités » des électriciens de Ouagadougou. Délestages, surtensions, ou « quelqu'un a dû s'appuyer là où il ne fallait pas. » Et bizarrement, ça arrive à chaque fois que je m'apprête à appuyer sur la touche « Enter » de mon clavier d'ordinateur : quand je viens de rédiger un mail très long ou très urgent. Ou quand je dois « absolument envoyer l'article avant 12 heures. » C'est « le » gros détail que j'avais oublié de calculer en voulant travailler un mois au Burkina, « affaires de courant, ô, c'est pas facile. » Je pourrai bientôt rédiger une série « courant est parti quand je prenais ma douche », ou « courant est parti quand j'étais dans l'escalier avec un verre plein en main. »

La piscine, c'est froid, dêh !


La chaleur est arrivée plus tôt que prévu au Burkina, et même en cette saison sèche, où tout ce qui était vert est devenu jaune, les moustiques sont au taquet, à l'affût de ma peau blanche qui capte le moindre rai de lumière dans l'obscurité. « Fé chô, dêh ! », « Est-ce que la chaleur ne t'accable pas trop dans tes activités ? », « Le record à Ouaga, c'est 47,7° ! » Bref, si vous aviez oublié le mercure, il y a toujours quelqu'un pour vous rappeler les 42° à l'ombre. Ici, le Coca se transforme en infusion en dix minutes chrono.
L'Harmattan peut souffler et soulever la poussière, c'est pire. C'est comme si Dieu s'était fait un brushing et qu'il avait oublié d'éteindre le sèche-cheveux : ça souffle chaud. Pareil pour le ventilateur : c'est pire que mieux. La semaine dernière, dans les bureaux de la Direction de la promotion de la femme, la climatisation fonctionnait à plein tube, réglée sur 18°. J'ai quasi eu un choc thermique. Question gaspillage, les championnats sont ouverts : régler la clim' sur 25°, ce serait déjà très frais comparé à la température ambiante.

lundi 1 mars 2010

"Ana" ralentit l'économie du Burkina


A 14 heures, comme tous les jours de la semaine à ce moment de la journée, les femmes ont déserté les rues et ont abandonné toute activité. Non pas pour la chaleur, qui pousse les hommes dans l'ombre des maquis (pour rappel, « les bars »), mais pour regarder « Les deux visages d'Ana », LE feuilleton qui rythme la vie des Burkinabais, sur la RTB (Radio Télévision du Burkina.) Comme on dit ici, « Ana, c'est pas petite affaire, dêh ! » Il s'agit d'une telenovela, un « soap latino », qui a pour héroïne Ana, une jeune mexicaine qui vit à Miami. Le doublage est digne d'une parodie des Inconnus. Bref, c'est davantage « Ca te barbera » que « Santa Barbara. » Mais le spectacle est devant l'écran : il faut regarder la tête de celles qui regardent la série. Et tendre l'oreille aux débats, parce qu'ici, c'est en groupe qu'on regarde « Ana. »