jeudi 25 mars 2010

C'est beau, dêh, on dirait Rihanna !


Le gars africain a tendance à oublier qu’il ne serait rien sans les femmes, sans ses sœurs. J’ai beaucoup de tendresse et d’amitié pour mon ami C., un joyeux fêtard plutôt futé, qui gagne pas mal sa vie, mais qui traite ses copines comme bouteille de J&B en discothèque, là même. Il met son nom dessus et demande au barman de la remettre au frais en attendant qu’il se serve un prochain verre. Des fois, il l’oublie dans le frigo de la disco. Au mieux, il reprend la bouteille mais l’oublie dans le coffre de sa voiture…
L’autre jour, nous étions réunis autour de bières bien fraîches à « l’ambassade », le maquis tenu par E., une Ivoirienne stylée et ses copines. C. demande à mon ami B., qui avait emprunté la mobylette de sa cousine, s’il peut aller chercher « un colis » pour lui à la gare. Walaï! J’ai avalé ma gorgée de Brakina de travers quand j’ai vu que colis, là, c’est une go (« une fille ») ! Elle venait de Bobo-Dioulasso, à 5 heures de car de Ouaga, pour le week-end. Pour voir mon ami C., qui était en train de faire des plans pour sortir tout le week-end dans diverses boîtes de nuit de la capitale (le Burkinabè aime changer d’endroit pendant la soirée.) Ravie, la go, de voir que son gars a prévu de lui accorder toute son attention après un si long voyage pour si peu de temps…

lundi 22 mars 2010

Poulet, là, c'est affaire sérieuse


Une chance que j'aime le riz : riz sauce, riz gras, riz blanc pour les jours de dérèglement de « mon petit ventre, tout ce que je mange, c'est pour toi », comme dit la chanson qu'on apprend ici à l'école. Une soeur qui vit au Malawi depuis plus de 20 ans m'a dit un jour : « Si tu ne manges pas en Afrique, c'est l'Afrique qui te mange. » Je pense souvent à cette phrase, surtout quand je vois des enfants qui vont à l'école le ventre vide, et se tordent de douleur devant leur cahier, dont les pages, forcément, restent blanches.
Mais bref, mes chroniques se veulent légères comme plat de poisson grillé, là même, et je propose de causer cuisine. « Y'a quoi ? » est la phrase qui permet au serveur de dérouler le menu. Dans la majorité des maquis, on vous répond : « Poulet, riz sauce, riz gras. » Avec un peu de chance, il y a plusieurs sauces : tomates, aubergines ou arachides. Souvent, menu varie, et « y'a alocos », des rondelles de banane plantin frites. Quand c'est grand luxe, « y'a petits pois, soupe de poulet », ou même couscous ô. Mais là, il faut être averti : « couscous » signifie un bol de semoule avec une cuillère à café de sauce et trois morceaux de légumes pour la déco.

jeudi 18 mars 2010

Les masques du village


J'ai eu l'impression de voir un documentaire sur l'Afrique, alors que j'y étais : une cérémonie de funérailles animistes, et qui plus est, du chef coutumier d'un village. Masques, danses, tam-tams : presque intimidant. Mais pour mériter ce privilège, en tant qu'étranger au village, Blanc de surcroît, il a fallu suivre un parcours. Et jeu de l'oie, là, c'est petite affaire à côté.
D'abord, 80 km sur la route du nord, vers le Mali, dans la voiture de Tantie J., dont le nombre de points communs avec le four de ma cuisine a de quoi surprendre. Surtout lorsque vous êtes assis côté soleil, à midi pile. J'ai cuit comme poulet braisé ô, avec pour question récurrente : « Pas trop chaud ? » Euh, non, non, je surveille la cuisson...

vendredi 12 mars 2010

En français du Burkina dans le texte


Français du Burkina, là, c'est doux comme mangue bien mûre. Au bout de trois semaines, je continue à m'adresser aux Blancs en français châtié, mais avec les Burkinabè, j'adore parler « leur » français, et donc l'écrire dans mes petites chroniques, qui seraient « sans goût », sans cette particularité linguistique.
Mais un lecteur m'a écrit pour me dire qu'il trouvait « condescendante » la manière dont je faisais parler les Ouagalais dans mes chroniques. Walaï ! C'est pourtant de ma part une déclaration d'amour au français du Burkina, que je trouve savoureux. Nous, les Belges, nous avons aussi nos particularités, que les Français relèvent souvent, et là, de manière condescendante. Si je devais écrire des chroniques sur la ville dont je suis originaire, j'utiliserais le même procédé : « Walaï ! » deviendrait « Nondidju ! », et « dêh » ou « ô » au bout des phrases deviendrait « Tu vois, quoi », que j'entends à tout bout de champ. Et je vous passe la radio qui devient « radjo », et qui ne vaut pas mieux que « bassine » pour dire « machine. »

jeudi 11 mars 2010

Chez Pierre les-bons-prix


« Pour toi je vais faire un bon prix. » S'il existait une méthode Assimil du vendeur d'artisanat africain, cette phrase serait la première, comme le fameux « My taylor is rich. » Mais après quelques années de pratique, on ne me la fait plus. Par « Un bon prix », entendez un prix horriblement cher, qui dépasse l'imagination. Là, vous hurlez, et le vendeur vous répond : « Eh, faut pas hurler là, on discute ! » Voilà comment on peut passer des heures sur un baobab en bronze de 10 centimètres.
L'autre jour, mes amis M., N. et K. font leurs dernières emplettes cadeaux souvenirs avant de rentrer en France. Je les accompagne, parce que j'adore l'artisanat africain, et puis j'adooooore marchander. Ca m'amuse beaucoup, au grand désespoir des vendeurs qui m'ont repérée et se disent désormais « oh non, pas elle ! »