dimanche 13 mars 2011

"Sortir", le mot Cube Maggi


« Sortir » au Burkina est bien plus riche de sens que chez nous. « Sortir », c'est un peu un mot « cube Maggi », il est utilisé à toutes les sauces. Et ça, il faut un peu de pratique pour le comprendre. Par exemple, au maquis, la première fois que vous commandez des brochettes, le garçon commence souvent par vous dire : « Je vais voir », pour s'assurer qu'il y en a ou qu'il en reste. S'il ne fait pas ça, vous perdez un temps fou parce qu'il prend d'abord la commande, vous pensez qu'il y a brochettes, et puis « brochette est fini », et vu la chaleur, vous avez déjà avalé une bière alors qu'il faut seulement recommander un plat qui n'est « pas fini. »
En revanche, il arrive que le garçon vous dise : « Brochette n'est pas sorti. » Ah... donc brochette est là ? « Non, brochette n'est pas sorti dêh ! » Je ne comprends pas : y'a un type ici qui s'appelle « Brochette » et qui n'est pas « sorti », et en quoi ça concerne mes brochettes à moi ? Bref, ça signifie que vos brochettes là, vous pouvez vous asseoir dessus, le patron du maquis n'a pas acheté de filet au marché.
Ensuite, il y a la version palabres autour des chiffons. Pour le 8 mars, ma copine S. préférait le pagne « journée de la femme » couleur chocolat plutôt que couleur verte. « Vert, là, n'est pas joli. Chocolat est joli, mais chocolat ça sort dêh ! » Ah... c'est vendu en grandes quantités et tout le monde va le porter ? « Non, ça sooooort, walaï ! Ca sort trop fort dêh ! » Oula ça a l'air grave ton affaire. C'est trop trop chic et ça coûte cher oubien? Bref, « ça sort » signifie que la couleur chocolat dégorge. Que t'as intérêt à ne pas laver le pagne avec d'autres vêtements. Que tu dois le passer d'abord à l'eau avec du vinaigre, mais ne surtout pas faire comme moi, et laver « pagne qui sort » dans la baignoire, sauf si vous avez « Monsieur Propre spécial émail » pour voisin de palier, ou que votre baignoire est couleur chocolat, auquel cas ça fera ton sur ton.
Sinon, il reste le classique « Il est sorti. » Mais il y a bien sûr une subtilité dans la version tropicalisée de cette phrase en apparence inoffensive. Vous devez absolument rencontrer T., le dernier intervenant de votre reportage qu'il devient ultra urgent d'envoyer. Vous vous assurez que ce matin, T. est bien à son bureau à 8 heures, prêt à répondre à vos questions. Vous débarquez au dit bureau, et la secrétaire vous dit : « Il est sorti, il va arriver. » Et si en plus elle ajoute : « Asseyez-vous » et qu'elle vous sert un verre d'eau, c'est qu'« Il est sorti » à l'africaine. Et donc, « Un certain temps. » Et là, il faut se maîtriser pour ne pas sortir de ses gonds.

jeudi 10 mars 2011

C'est où ton problème ?


Grosse palabre avec ma copine S. depuis une semaine : ces vieux blancs qui se tapent de jeunes filles Noires. Là où je loge, il y a un vieux Blanc aux cheveux blancs (et dans 3 cas sur 4, ils ont du bide) qui est « accompagné » par une go super stylée, tellement stylée qu'elle combine coiffure asymétrique et coloration. T., ma copine coiffeuse dans le quartier qui fait des tresses toute la journée n'en revient toujours pas : « Tu as vu ça non ? C'est le salon du design sur sa tête oubien ? »
Souvent, les go stylées qui sortent avec un Blanc se la pètent et regardent leurs soeurs de haut. C'est le cas de H. et sa coiffure de magazine « Maison et jardin ». Alors, avec ma copine S., ça colle pas des masses. Quand H. part le matin, elle ne ferme pas le portail derrière elle.
S : - « Eh ! On ne t'a pas appris a fermer la porte non ? »
H. - « C'est où ton problème ma soeur ? Moi je suis cliente ici, tu es payée pour fermer la porte ! »
S. : « Case du village n'a pas de porte, viens ici, je vais te montrer comment ça marche. »
H.: - « Ouh mais tu veux me fatiguer plus que la chaleur dès le matin oubien ? »
S :- « C'est dans quel film tu joues là ? Fespaco t'est monté à la tête ô ! » (Fespaco : le festival de cinéma qui vient de s'achever.)
Bref, si je n'interviens pas, palabres peuvent durer jusqu'à ce que l'ombre tourne autour de l'arbre.
Ma copine S. s'assied près de moi pendant le petit dej, et un autre débat commence : je critique mes tontons, ces vieux Blancs qui pensent s'acheter une virilité et une nouvelle jeunesse avec leurs liasses de billets CFA. Ma copine S. est sans pitié envers ses soeurs qui aguichent les vieux Blancs pour leur soutirer de l'argent. Là-dessus, un jeune, la trentaine, assis devant nous, nous interrompt : « Euh... les filles, je dois vous dire que moi je fais pareil, sauf que je suis plus jeune. »
S. et moi : - « ... »
En effet, P. n'est pas que cinéphile, il est aussi pervers ! Il profite du Fespaco pour s'envoyer une fille (ou deux) différente par soir. Et quand son téléphone sonne, il dit : « Oh non, v'la l'autre saucisse ! » (Je crois avoir deviné que « saucisse » désigne dans son vocabulaire très imagé une fille qui hésite à coucher.) Et il a fallu que ce crétin croise ma route. Donc, avec S., on cancane tous les soirs dans la cuisine (un endroit où il ne lui viendrait même pas à l'idée de mettre les pieds.)
Comme je suis obligée de me farcir ses histoires à la con pour ne pas pourrir l'ambiance dans la chambre d'hôtes, j'apprends qu'il a une officielle au Bénin, mais que sa « deuxième maîtresse » arrive demain du Togo. La « première », il a dû la rêver tellement ce type est informe dans son t-shirt trop large. Le hic, c'est que la famille de l'officielle habite Ouaga. Résultat : elle est venue le visiter en s'incrustant 4 heures, durant lesquelles la go du Togo, à peine débarquée du bus non « climé », a dû patienter enfermée dans la chambre.
Moi, qui pour venger mes soeurs, avais préparé une petite phrase assassine pour le défragmenter devant sa « 2è maîtresse », c'était foutu, elle est au courant. Quoiqu'elle lui a fait croire que son bus coûtait 100.000 CFA en coulant son budget pétasses, et là je dis bravo. Il me raconte l'histoire de la visite de la belle-famille, et là je m'adresse à sa copine togolaise : « Tu as dû être ravie d'attendre enfermée quatre heures dans la seule chambre pas climée ! T'as fait un macramé avec ses chaussettes en attendant ? » Et là, c'est lui qui me répond : « Ben elle a l'habitude, elle est africaine ! » Ils sont trop graves ces Africons.
H. était une fille sympa en fin de compte, on a fini par causer, elle me posait plein de questions sur l'Europe, la mode, etc. Le vieux blanc est parti. Je pensais ne plus la revoir ma nouvelle copine un peu paumée, qui se prostitue pour payer ses études. Et puis hier, je me suis installée au bar d'un hôtel chic pour un petit moment de grand luxe : un expresso et du wi-fi sans coupure. Au bord de la piscine, j'aperçois H., visiblement habituée à la piscine de l'hôtel Indépendance où les riches occidentaux font leur marché. Elle sait nager, ça prouve qu'elle a déjà du métier...

mardi 8 mars 2011

Poulet sauce Fanta


Saluer quelqu'un ici prend du temps : « Et comment va votre mari ? Et vos enfants ? Aaah, bien. Et la soeur ? Bien des choses à la famille ! » Comme dans cette réplique d'une Blanche à Paris, dans le très bon film « Notre étrangère » projeté au Fespaco : « Ca prend du temps d'accord, mais il faut déjà avoir un mari, des enfants et une soeur! » Une réplique qui n'a fait rire que les Blancs dans la salle.
Bref, si saluer quelqu'un prend du temps, imaginez la longueur d'une cérémonie de clôture du festival de cinéma. Ca duuure. J'ai posé mes fesses sur un demi-siège du stade du 4 août à 16h, je les ai levées à 22h, après un feu d'artifice qui a créé diversion pour la sortie de Blaise (le président) et sa femme Chantal, habillée comme un sapin de Noël.
En tout, six heures sous 40° avec un demi-litre d'eau, mon record. C'est là que je vois arriver comme le Messie un vendeur de boissons. Mais dans sa bassine, toutes ses sucreries étaient chaudes. « Eh, avec ton Fanta, là, on peut rien faire à part sauce de poulet. Si j'ouvre bouchon de ton bidon, là, fumée va sortir. Ca se boit dans une tasse oubien ?» Dans la tribune, tout le monde palpe les bidons dans l'espoir d'en trouver un frais, mais tout le monde dit : « Faut mettre des glaçons sur tes sucreries ! Tu penses que tu vas vendre bidons chauds ? » Le type est resté avec ses 20 kilos de sucreries dans la bassine. En Europe ce serait une super combine pour rester ni vu ni connu dans la tribune présidentielle et voir le spectacle de plus près.

vendredi 4 mars 2011

Badge est pas sorti et festival est fini


Festival de cinéma J+7 et je n'ai toujours pas mon badge presse. Le Fespaco s'achève demain, je ne sais pas si ça vaut encore la peine que j'aille le chercher, sauf que le service des badges a gardé ma carte de presse, et là, c'est affaire sérieuse. J'ai fait la demande par mail une semaine avant mon arrivée. J'arrive au « Palais des festivals », au guichet presse, et là on me dit : « Badge n'est pas encore sorti. » Je vais au bureau des badges, une heure d'attente, et la responsable me dit : « Date limite, là, c'était décembre. » Là, je sens que ça va pas être simple. L'an dernier, j'étais arrivée pour les deux derniers jours, sans demande préalable, et elle m'avait filé quatre badges dans la minute pour moi et mes amis. Entre temps, la responsable a dû faire un stage au festival de Cannes et badge, là, c'est devenu grosse affaire.

lundi 20 décembre 2010

CD avec sticker, là, ça vaut plus cher


« On s’attrape ! » C’est le rendez-vous africain : on ne se fixe ni jour ni heure – montre et calendrier, là, c’est affaire de Blancs – mais on se croise (au marché, dans un taxi) ou on provoque le croisement en s’appelant au téléphone, si « ça passe », parce que réseaux au Burkina, souvent, « ça passe pas ô. »
Bref, pendant un mois, mon ami J.-V. et moi, on a essayé de s’attraper sans y arriver. Je me tue à lui dire que si on avait pris un rendez-vous de Blanc, là, avec montre et calendrier, on y serait arrivés, mais autant essayer de convaincre Barack Obama de l’utilité d’un sèche-cheveux.